Les Maple Leafs à la date limite des transactions : entre comptabilité et lucidité
Contrairement aux Rangers de New York qui ont lancé la serviette le 16 janvier dernier dans une lettre ouverte du directeur général Chris Drury aux partisans, la direction des Maple Leafs voulait patienter jusqu’après la pause olympique avant de poser des gestes lourds de conséquences.
Mais quatre défaites consécutives contre le Lightning de Tampa Bay, les Panthers de la Floride, les Sénateurs d’Ottawa et les Flyers de Philadelphie ont dissipé le brouillard. Soudainement, il n’est plus question de patience pour réanimer l’équipe, mais bien d’en faire l’autopsie.
Dans une large mesure, les Leafs ont été victimes de circonstances défavorables : blessures à des joueurs clés comme le défenseur Chris Tanev, le gardien Anthony Stolarz, absence en début de saison du gardien substitut Joseph Woll, départ de l’étincelle offensive Mitch Marner. Pendant neuf années consécutives, Toronto a participé aux séries en s’appuyant presque exclusivement sur une attaque redoutable. Aujourd’hui, cette équipe semble sans âme avec un moteur qui tourne moins bien que l’an passé.
Dans une lettre ouverte aux partisans, Keith Pelley a préparé le terrain en vue de la date limite des transactions du vendredi 6 mars à 15 heures.

« Nous connaissons les points forts de cette équipe, ainsi que les aspects à améliorer », écrit le PDG de Maple Leafs Sports and Entertainment (MLSE). « Bien que nous nous efforçons toujours d’être aussi transparents que possible, la protection des avantages compétitifs est primordiale et limite notre capacité à dévoiler la stratégie de l’équipe jusqu’au moment opportun ».
Langage feutré qui s’adresse aux détenteurs de billets de saison: faites-nous confiance, on prépare quelque chose. Mais quoi? Quelques retouches cosmétiques pour sauver les apparences? Ou une reconstruction assumée, douloureuse, mais nécessaire?
Pelley joue gros lui aussi. Peu après son arrivée à la tête de MLSE, il a approuvé l’embauche de Craig Berube. Au printemps dernier, il a congédié Brendan Shanahan à la présidence de l’équipe sans combler officiellement le vide laissé au sommet du département hockey.

Sous la supervision de Pelley, tous les regards se tournent maintenant vers le directeur général Brad Treliving. Fera-t-il quelques petites mises au point ou une reconstruction complète?
Pour la plupart des équipes de la LNH, l’équation serait simple : vendre ou acheter? Mais les Leafs n’évoluent pas dans un marché comme les autres. À Toronto, les intérêts des actionnaires influencent souvent la direction de l’équipe.
L’histoire en témoigne. Lorsque John Ferguson Jr. était le directeur général, sa formation venait de participer aux séries six saisons de suite. En 2005-2006 les Leafs se retrouvaient hors du portrait à l’approche de la date limite.

Ferguson avait préparé des transactions majeures incluant le capitaine Mats Sundin et le défenseur Tomáš Kaberle en échange d’espoirs et de choix. Le conseil d’administration pour sa part avait prévu des recettes en séries et avait bloqué toutes ses transactions pour garder le cap sur ses prévisions budgétaires en visant une participation aux séries.

Résultat : au lieu d’une reconstruction, les Leafs ont rafistolé leur alignement en rapatriant le vétéran et ancien premier choix Luke Richardson pour une ultime tentative. Les Leafs ont échoué de justesse, seulement trois points les séparaient d’une participation aux séries. Cette approche timorée s’est soldée par sept longues années d’absence en séries.
Retouches cosmétiques ou reconstruction assumée?
À Toronto, l’optimisme autour des Leafs est souvent plus rentable que la lucidité. Brad Treliving peut plaider que cette saison n’est qu’un accident de parcours : blessures à Brandon Carlo, Chris Tanev, Anthony Stolarz et congé personnel de Joseph Woll ont faussé l’évaluation du groupe.

Un tel argument pourrait convaincre les propriétaires de Maple Leafs Sports and Entertainment — notamment Edward Rogers, qui en contrôle 75 % des parts — de garder le noyau intact et viser quand même une participation aux séries.
Mais l’histoire récente à un autre avertissement. Lorsque Brian Burke a pris les rênes en 2008, il a surestimé le talent de son équipe. En 2009, il a refilé deux choix de première ronde et un de deuxième aux Bruins de Boston pour mettre la main sur Phil Kessel. Résultat : 74 points la saison suivante. Pendant ce temps, Boston repêchait Tyler Seguin et Dougie Hamilton.
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Ce genre d’erreur d’évaluation peut hypothéquer une décennie.
Alors, que feront les Leafs? Bobby McMann et Scott Laughton, joueurs autonomes sans compensation cet été, feront-ils encore partie du décor après la date limite? Les vétérans Oliver Ekman-Larsson et Brandon Carlo pourraient-ils rapporter des choix et regarnir une banque d’espoirs qui en a besoin?
Treliving doit choisir entre prolonger l’illusion d’une participation aux séries et investir pleinement dans l’avenir.



