Le poids de l’impunité : Retour dans la LNH de 5 joueurs acquittés d’agression sexuelle
En Ontario comme ailleurs au pays, le débat fait rage. L’acquittement des cinq joueurs d’Équipe Canada junior divise, scandalise, indiffère parfois, mais alimente les conversations. Qu’on ne s’y trompe pas. Ce procès n’a rien à voir avec la « culture du hockey ».
C’est le récit plus vaste d’une société qui a doucement normalisé la pornographie comme toile de fond des rapports humains. Le hockey, miroir déformant de la culture canadienne, offre ici le reflet cru d’un pays prêt à tolérer les excès des dieux du hockey tant qu’ils demeurent cachés.

Quand les failles de nos héros apparaissent au grand jour, on peine à soutenir le regard que l’on porte sur eux parce que ça nous force à confronter notre échelle de valeurs.
Sans grande surprise, la LNH a annoncé le jeudi 11 septembre qu’à partir du 15 octobre Michael McLeod, Dillon Dube, Cal Foote, Alex Formenton et Carter Hart pourront tous signer des contrats. Les cinq sont tous joueurs autonomes sans compensation. Ils pourront rejoindre leurs équipes à partir du le 1er décembre.
Ils avaient tous été déclaré non coupables d’un chef d’agression sexuelle à la conclusion de leur procès le 24 juillet à London, en Ontario.
Après leur acquittement les cinq joueurs ont rencontré les dirigeants de la ligue pour faire leur mea culpa, a déclaré la LNH. Dans un communiqué l’Association des joueurs de la LNH s’est déclarée satisfaite que Dube, Foote, Formenton Hart et McLeod aient la possibilité de renouer leur carrière.
« Les joueurs ont coopéré avec toutes les enquêtes », a déclaré le syndicat. À la suite de leur acquittement complet par la juge Maria Carroccia de la Cour supérieure, nous avions entamé des discussions avec la LNH concernant le retour au travail des joueurs. Afin d’éviter un conflit prolongé qui pourrait entraîner des retards supplémentaires, nous sommes parvenus à la résolution. Nous considérons maintenant l’affaire close et attendons avec impatience le retour des joueurs » conclu le communiqué.

Le jour de l’acquittement, la Ligue Nationale de Hockey avait publié un bref communiqué qui laissait planer le doute sur l’avenir des cinq joueurs dans le circuit Bettman. « Nous examinerons les conclusions du tribunal. Pendant cette analyse, ces joueurs ne sont pas admissibles à jouer dans la LNH » martelait le communiqué. Dans une ligue obsédée par son image, la LNH se devait de protester pour la forme afin de calmer la colère populaire et pour se distancer des excès de ses joueurs.

L’Association des joueurs avait aussitôt répliqué que cette suspension de facto était contraire aux règles prévues dans la convention collective.
Hart, McLeod, Dube et Foote ont disputé leur dernier match dans la LNH en janvier 2024, avant de quitter leurs équipes, des accusations étant en instance. On ignore encore combien de joueurs obtiendront des contrats lorsqu’ils seront admissibles. Carter Hart, gardien de 27 ans et doté d’une solide expérience, semble être une certitude.
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Quand les excès d’autrefois se heurtent aux exigences de #MeToo
« Je pense que les réactions et les rétributions seront différentes dépendamment du niveau de jeu de chaque joueur », a déclaré Greg Gilhooly, avocat et survivant d’abus sexuels commis par l’ex-entraîneur de hockey junior Graham James. « Carter Hart va obtenir un contrat dans la LNH, il jouera et son équipe devra vivre avec les conséquences, mais c’est un bon joueur et des équipes prendront ce risque. Pour les joueurs marginaux, les équipes resteront à l’écart » affirme Gilhooly.

Les réactions sur les réseaux sociaux s’entrechoquent sans toujours tenir compte des faits consignés dans le jugement de 91 pages.

« La LNH veut être perçue comme faisant ce qu’il faut et envoyant le bon message. Mais une fois que le juge a conclu au consentement, ces individus étaient innocents. Et comment suspendre une personne innocente? » demande l’avocat Greg Gilhooly.
Certains croient que les cinq joueurs auraient dû être réintégrés dès le verdict de juillet, d’autres pointent du doigt une culture du hockey toujours complaisante. « J’imagine qu’il y a beaucoup plus que cinq joueurs de la LNH qui ont participé à des orgies. Et si la LNH commence à suspendre les joueurs qui ont participé à des orgies, elle va devoir suspendre beaucoup de joueurs de hockey », ajoute Gilhooly.
Reste ce constat : leur jeunesse, leur argent et leur célébrité leur ont offert depuis l’enfance une impunité nourrie par le talent. Ce même talent leur donne aujourd’hui une nouvelle chance, là où le commun des mortels aurait sans doute été écarté à jamais.



