L’avenir des 5 joueurs acquittées repose entre les mains de Gary Bettman
Le jeudi 24 juillet, dans une salle d’audience de London, en Ontario, la juge Maria Carroccia a annoncé son verdict: non coupables. Pour enfoncer le clou avec son maillet, elle ajoute: « Je considère que la preuve déposée par la plaignante E. M. n’est ni crédible ni fiable ».
Michael McLeod, Carter Hart, Cal Foote, Dillon Dubé et Alex Formenton, cinq anciens joueurs d’Équipe Canada junior, sont acquittés des accusations d’agression sexuelle qui pesaient sur eux depuis les évènements survenus la nuit du 18 au 19 juin 2018, dans une chambre d’hôtel de London.

La Ligue Nationale de Hockey a immédiatement publié un bref communiqué. « Les allégations formulées dans cette affaire, même si elles n’ont pas été jugées criminelles, étaient très troublantes et le comportement en cause était inacceptable. Nous examinerons les conclusions du tribunal. Pendant cette analyse, ces joueurs ne sont pas admissibles à jouer dans la LNH » martèle le communiqué.
L’Association des joueurs a aussitôt répliqué. Cette suspension de facto est, selon elle, contraire aux règles prévues dans la convention collective.
Sur les réseaux sociaux, l’onde de choc est immédiate. Silence des hommes. Colère des femmes qui s’accordent sur un point : « Encore une fois, le système refuse de croire les victimes ».

Les réactions outrées sont aux antipodes des faits documentés dans le jugement de 91 pages. La juge note aussi que la plaignante E. M., tout en disant avoir voulu « échapper » à Michael McLeod, le suit vers le taxi qui les attend à la sortie du bar selon des images de caméra de surveillance présentées au procès. McLeod est devant elle et E. M. « court presque » pour le rattraper, pour qu’elle puisse embarquer dans le taxi vers l’hôtel.

Pour la juge, les intentions de la plaignante étaient très claires : « Sur la base de toute la preuve, je considère comme un fait que la plaignante a exprimé qu’elle voulait s’engager dans des actes sexuels avec ces hommes, en disant “Est-ce que quelqu’un va me baiser?” et en se masturbant devant eux ».
Quand les excès d’autrefois se heurtent aux exigences de #MeToo
Ces passages croustillants du jugement illustrent une réalité bien documentée. Dans le sport de haut niveau, surtout masculin, les dérives liées à la célébrité et à l’impunité ne datent pas d’hier. En 1991, par exemple, l’ancien joueur vedette Wilt Chamberlain écrivait dans son autobiographie avoir eu des relations avec 20,000 femmes.

Quant au playboy du tennis Ilie Nastase, il se vantait d’avoir couché avec 2500 femmes. Durant leur dynastie, les Bulls de Chicago inventaient des stratagèmes dans les hôtels pour protéger la vie privée et le sommeil de Michael Jordan, alors l’athlète le plus célèbre et le mieux payé au monde.

En 1996, lors d’une entrevue à l’émission Dateline sur NBC, son coéquipier Dennis Rodman avait brisé un tabou en décrivant l’accès facile et l’atmosphère sexualisée entourant les joueurs vedettes. « Peu importe la ville. Même à Canton, dans l’Ohio, ou au Dakota du Nord, les femmes trouvaient toujours un moyen de se faufiler dans nos chambres » racontait Rodman.
Leur candeur expose les excès et les abus de pouvoir qui entourent certains athlètes. Ces propos crus, qui choquent aujourd’hui, illustrent surtout une époque où les questions de consentement, d’abus de pouvoir et de responsabilité n’étaient pas encore au cœur des discussions comme elles le sont devenues avec le mouvement #MeToo.
Pour créer, raconter et inspirer, explorez le programme
Impact Médias Jeunesse.

Peu importe ce que vous pensez du verdict de non-culpabilité, ce procès n’était pas celui de la « culture du hockey », mais celui de cinq individus. Leur histoire met toutefois en lumière un cocktail dangereux : jeunesse, argent, célébrité, testostérone, alcool et sentiment d’impunité. Une combinaison qui dépasse largement le hockey et transcende tous les sports, les campus et les vestiaires.

Le jugement n’efface rien : ni la douleur de la plaignante, ni la nécessité d’une réflexion profonde sur ce que notre société tolère et valorise. Acquittés par la justice, Dubé, McLeod, Foote, Formenton et Hart demeureront tous sous probation aux yeux du public. Leurs noms resteront associés à cette affaire sordide. Dans ce type de dossiers, personne n’en sort complètement indemne. Quant à leur avenir dans la LNH, rien n’est encore assuré.



