La relation d’Auston Matthews avec les partisans des Maple Leafs se complique
Dire que le destin des Maple Leafs est intimement lié aux performances de leur capitaine, Auston Matthews, relève presque de l’évidence. Avec le départ de Mitch Marner, Matthews a non seulement perdu son meilleur fabricant de jeu, mais aussi un précieux paratonnerre médiatique. Marner absorbait une partie de la pression. Aujourd’hui, Matthews se retrouve seul au centre des critiques.

Une petite tournée rapide des réseaux sociaux confirme que le numéro 34 est devenu la nouvelle cible privilégiée des frustrations des partisans. À Toronto, l’amour est conditionnel et la patience, fragile.
À pareille date l’an dernier, Matthews avait déjà manqué une douzaine de rencontres avec une blessure mystérieuse. Cette saison il a déjà raté cinq matchs en raison d’une blessure dont la nature demeure floue. Matthews se classe au quatrième rang des marqueurs des Leafs. Cette baisse de régime est d’autant plus spectaculaire puisque deux ans plus tôt, il flirtait avec le plateau des 70 buts.
À son apogée, il était le franc-tireur le plus redouté de la LNH. Malgré une baisse de régime relative, Matthews pourrait bientôt devenir le meilleur buteur de l’histoire des Maple Leafs. En date du 22 décembre, il totalise 415 buts. À titre comparatif, Mats Sundin a inscrit 420 buts en 981 matchs avec Toronto.
Si la tendance se maintient, Matthews pourrait battre ce record avec environ 300 matchs de moins — un écart révélateur de son efficacité de franc-tireur.
Ce record fera-t-il de lui le plus grand joueur de l’histoire des Leafs? Connaissant la psychologie des partisans torontois, son palmarès risque surtout de devenir une occasion de rappeler, comme pour Sundin, qu’il n’a jamais mené la ville à la Terre promise.
Voici les 51 buts de Matthews en ordre chronologique 🚨 https://t.co/ETPezA9DKc
— SportsMag (@sportsmag416) February 22, 2024
Matthews n’est plus, du moins pour l’instant, le joueur électrisant qu’il était il y a à peine deux ans. Statistiques traditionnelles ou avancées racontent la même histoire : il a ralenti.
Les hypothèses abondent — santé, absence de Marner, système plus rigide de Craig Berube, voire une érosion de la motivation.
L’an passé l’ancien directeur général des Maple Leafs et commentateur sportif Gord Stellick avait déclaré sur les ondes du podcast Kyper & Bourne qu’il croyait que la blessure de Matthews était beaucoup plus grave que ce que laissait entendre la haute direction de l’équipe.

Selon Stellick, l’équipe médicale des Leafs avait probablement envoyé Matthews en Allemagne pour trouver un traitement alternatif pour éviter une intervention chirurgicale qui aurait pu mettre fin à sa saison.

L’histoire de Matthews rappelle celle de Wendel Clark. En 1988 Clark, l’ex-capitaine des Leafs et premier choix au repêchage de 1985, avait reçu des traitements dans une clinique d’homéopathes en Angleterre pour traiter des problèmes de dos qui ont écourté sa troisième saison à 28 matchs.

Les Maple Leafs ne remplissent plus les gradins comme avant
Au-delà des problèmes de Matthews plane une menace plus large.
Les Leafs ne font plus systématiquement salle comble à la Scotiabank Arena. Après plus d’une décennie à guichets fermés, seulement six des vingt premiers matchs à domicile ont affiché complet. L’affluence moyenne — 18 607 spectateurs — représente un creux inédit depuis la pandémie.
Chez Maple Leaf Sports and Entertainment (MLSE), on invoque le calendrier et la concurrence des Blue Jays. Mais des facteurs plus structurels s’imposent : hausse marquée des prix, tarification « dynamique » et difficulté croissante pour les détenteurs de billets de saison de revendre leurs billets. Résultat : davantage de sièges vides, une présence accrue de partisans adverses et une ambiance affaiblie.

Pour tenter de resserrer le lien avec le public, MLSE a lancé la plateforme « Fan Access », misant sur du contenu et des expériences exclusives. Or, plusieurs de ces options sont coûteuses et n’incluent même pas de billets, ce qui soulève une question fondamentale : s’agit-il de fidéliser le partisan moyen ou courtiser ceux pour qui le prix croissant n’est jamais un obstacle?
Avec un début de saison en dents de scie de Matthews, l’incertitude entourant une place en séries et la relation tendue avec les détenteurs de billets de saison — plane une question implacable : est-ce que Craig Berube est encore l’homme de la situation?



