La fin du « Shanaplan » et de Brendan Shanahan à Toronto
La chute n’a rien de théâtral : elle est froide, presque clinique. Brendan Shanahan, architecte du fameux « Shanaplan », quitte la présidence des Maple Leafs après 11 ans de règne sans gloire. Ainsi se conclut une époque marquée par l’espoir, l’aveuglement stratégique et, finalement, l’épuisement de la patience populaire.
En 2014, auréolé de ses trois conquêtes de la Coupe Stanley avec les Red Wings de Detroit, Shanahan retourne dans sa ville natale comme le Messie d’une franchise à genoux. Les Leafs sont alors la risée de la LNH. Entre 2006 et 2016, dix exclusions des séries en onze saisons. Il promet de rebâtir sans raccourcis. Un plan. Une vision. Un néologisme apparait dans les médias: le Shanaplan.
Un noyau doré mais trop lourd
La chance des Irlandais accompagne Shanahan à ses trois premiers repêchages. En 2014, les Maple Leafs ont réclamé William Nylander 8e rang. L’année suivante, ils repêchent Mitch Marner au 4e rang. La cerise sur le gâteau arrive en 2016 lorsqu’ils gagnent la loterie et repêchent Auston Matthews au tout 1er rang premier rang. Avec Matthews dans l’alignement les Leafs n’ont jamais été exclus des séries. En 2018, John Tavares, capitaine des Islanders, choisit de revenir chez lui. L’espoir renaît, les chandails se vendent, les billets explosent. Toronto rêve à nouveau.
La chose qui est demeurée constante depuis l’arrivée de Shanahan en 2014 c’est sa foi inébranlable au quatuor composé de Matthews, Nylander, Marner et Tavares. Ils absorbent plus de la moitié de la masse salariale, laissant l’équipe vulnérable, déséquilibrée. Leurs gros contrats menottent l’organisation.

Shanahan aura embauché trois DG (Lou Lamoriello, Kyle Dubas et Brad Treliving), trois entraîneurs-chefs (Mike Babcock, Sheldon Keefe et Craig Berube) et présidé à 11 éditions des Leafs… qui n’ont remporté que deux rondes éliminatoires. Une maigre moisson pour une franchise au passé glorieux.

🤔Hmmm je ne serais pas surpris si les Leafs perdaient le 7e match à Toronto. J’habite ici depuis presque 30 ans (je demeure fidèle aux @CanadiensMTL). Les Leafs ont une façon cruelle de décevoir leurs partisans au pire moment. Sauvegarde ce tweet pour la postérité 👀 pic.twitter.com/Bzp8dtZ7sH
— SportsMag (@sportsmag416) May 17, 2025
Depuis l’humiliante défaite de 6 à 1 à domicile le dimanche 18 mai face aux Panthers de la Floride dans un septième match, la colère des partisans des Maple Leafs est montée en flèche. Sur les réseaux sociaux et les tribunes radiophoniques, le message est clair. Le « Shanaplan » est un échec. Comme dans les rites anciens où les croyants immolaient une victime pour calmer les dieux en furie, les partisans veulent un sacrifice. Et pour beaucoup, la victime qui doit être sacrifiée est l’homme qui représente les propriétaires : Brendan Shanahan.

Une sortie par la petite porte
Mais au lieu de la guillotine, c’est un communiqué de presse annonçant que le contrat de Brendan Shanahan ne sera pas renouvelé à la fin juin. Une formule polie, sans éclat : « La franchise sera éternellement reconnaissante envers Brendan pour ses contributions et lui souhaite, ainsi qu’à sa famille, beaucoup de succès et de bonheur pour l’avenir » déclare Keith Pelley, PDG de MLSE. Pas de démission. Pas de couperet. Juste la fin d’un contrat.
Cette froide décision d’affaire résume le fossé culturel qui sépare les propriétaires de la concession la plus riche de la Ligue Nationale de Hockey de ses partisans enragés. Les grands actionnaires savent tirer profit de la crédulité des toxicomanes du hockey à Toronto.

Le jeu des coulisses
Derrière le rideau, les pièces bougent. Le consortium MLSE est en mutation avec le rachat imminent des parts de Bell par la famille Rogers dans MLSE. Rogers est sur le point d’obtenir 75 % des actions de l’empire sportif qui chapeaute les Leafs, les Raptors, le Toronto FC et plusieurs amphithéâtres. Un changement de pouvoir qui a, selon toute vraisemblance, figé les décisions depuis l’élimination des Leafs.

Le départ de Shanahan entraîne des répercussions immédiates sur la structure décisionnelle. Le directeur général des Leafs Brad Treliving restera en poste et se rapportera directement au PDG de Maple Leaf Sports & Entertainment, Keith Pelley un ancien haut dirigeant chez Rogers Media.

Ce changement au sommet entraînera des répercussions sur la glace. Cet été, Mitch Marner et John Tavares deviendront agents libres sans compensation. Marner, enfant chéri de Toronto, a exercé sa clause de non-échange lorsque les Leafs ont tenté de l’échanger contre Mikko Rantanen à la date limite des transactions. Il pourrait quitter sa ville natale après avoir connu sa première saison de 100 points. Son départ semble inévitable et laissera un trou béant. L’attaquant de puissance Matthew Knies est agent libre avec compensation et pourrait devenir la cible d’une offre hostile.
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À quelques semaines du repêchage et de l’ouverture du marché des agents libres, Brad Treliving devra trancher dans le vif. Refonte partielle ? Reconstruction complète ? Les décisions à venir traceront la voie d’une nouvelle ère. Une chose est certaine : le Shanaplan, ce projet strictement axé sur l’attaque, a fini dans le mur de la réalité du hockey robuste en séries éliminatoires. Ironiquement, l’équipe n’a jamais eu un dangereux attaquant de puissance dans le moule du Brendan Shanahan.
Il s’en va sans bannière, sans parade, sans triomphe. L’histoire jugera.



