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MLSE

La famille Rogers consolide un empire sportif sans précédent à Toronto

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Lorsque la famille Rogers a annoncé, en septembre 2024, le rachat des parts de Bell Canada Enterprises (BCE) dans Maple Leaf Sports & Entertainment (MLSE), le chroniqueur du chroniqueur du Toronto Star Edward Keenan avait lancé, mi-sérieux, mi-amusé, que les amateurs de sport torontois sauraient désormais exactement à qui adresser leurs plaintes : Edward Rogers.

La boutade, aujourd’hui, sonne presque comme une évidence.

Rogers, héritier discret devenu figure incontournable, n’a jamais cherché le feu des projecteurs. Pourtant, après le championnat de la Ligue américaine des Toronto Blue Jays l’automne dernier, il a dû s’avancer au micro. Ses talents oratoires n’ont causé aucune onde de choc. Son rôle n’est pas d’enflammer les foules avec des envolées oratoires, mais de consolider son empire.

PHOTO : Edward Rogers est le propriétaire des Blue Jays de Toronto.

Au cœur de sa stratégie, il y a une vérité simple et brutale. L’objectif premier n’est pas de gagner des championnats, mais de maximiser la valeur des actions de l’entreprise familiale.

Dans son rapport trimestriel publié le 22 avril 2026, le PDG de Rogers, Tony Staffieri, a confirmé sa volonté de regrouper tous les actifs sportifs sous un même toit. À l’heure actuelle, Rogers contrôle déjà à 100 % les Blue Jays et le Rogers Centre (autrefois nommé SkyDome) à travers la société Rogers Blue Jays Baseball Partnership.

On dit que l’appétit vient en mangeant.

Staffieri a discrètement annoncé son intention d’acquérir les 25 % restants dans MLSE détenus par Larry Tanenbaum au cours de l’été. « Nous prévoyons finaliser l’acquisition des 25 % de participation minoritaire restants dans MLSE au cours du second semestre de cette année », a déclaré Tony Staffieri, PDG de Rogers Communications. Une petite phrase sobre, mais lourde de conséquences.

PHOTO: Rogers Communications a annoncé son intention d’acquérir les 25 % restants dans MLSE détenus par Larry Tanenbaum au cours de l’été.

Avec le contrôle à 100% des Blue Jays, des Maple Leafs, des Raptors, du Toronto FC, des Argonauts de Toronto et plusieurs amphithéâtres, la famille Rogers consolidera son emprise non seulement sur le paysage sportif torontois, mais aussi à l’échelle canadienne, en s’appuyant sur son quasi-monopole en téléphonie et en câblodistribution pour alimenter ses réseaux de télévision et de radio.

« Une fois l’opération conclue, nous prévoyons le regroupement de nos actifs pour former l’un des plus importants groupes mondiaux de propriétaires d’équipes sportives, de médias et de divertissement dans le domaine du sport », ajoute Staffieri.  

Le mot clé, ici, c’est synergie. Dans ce modèle, la synergie s’opère lorsque l’addition de chaque équipe dépasse la somme de ses parties. Les droits télévisuels nourrissent leurs réseaux de télévision et de radio. Leurs plateformes médiatiques amplifient la valeur de leurs équipes.

Un écosystème fermé. Intégré. Puissant.

PHOTO: Un partisan des Blue Jays prend une photo devant la statue de Ted Rogers, qui avait acquis l’équipe pour renforcer son empire quelques années avant sa mort.

Lors de la conférence téléphonique, le directeur financier de Rogers Communications, Glenn Brandt, a d’ailleurs évoqué la vente récente des Padres de San Diego pour 3,9 milliards de dollars par José E. Feliciano et son épouse Kwanza Jones, un nouveau record. Avant ça, Steve Cohen avait acquis les New York Mets pour 2,42 milliards en 2020.

Les franchises sportives sont maintenant des actifs de premier ordre.

Selon le site Sportico, les Raptors sont évalués à 4,66 milliards de dollars, les Maple Leafs à 4,25 milliards, les Blue Jays à 2,9 milliards et le Toronto FC à 730 millions; soit 12,5 milliards de dollars américains au total. La nouvelle entité inclura aussi des actifs médiatiques comme Sportsnet, CityTV et des stations de radio.

PHOTO: Selon le site Sportico, les Toronto Raptors sont évalués à 4,66 milliards de dollars, les Maple Leafs à 4,25 milliards, les Blue Jays à 2,9 milliards et le Toronto FC à 730 millions.

Selon Staffieri, l’ensemble des équipes pourrait doubler leur valeur individuelle en dépassant les 25 milliards de dollars canadiens (18,25 milliards de dollars américains au taux de change actuel). Une fois le contrôle total acquis, Rogers va vendre des parts minoritaires pour dégager de la valeur, accroître ses revenus et réduire sa dette… sans céder le pouvoir.

PHOTO: Rogers affirme que Bell aura accès aux droits de contenu pour 50 % des matchs régionaux des Maple Leafs et 50 % des matchs des Raptors.

« Nous n’avons pas besoin de posséder 100 % de ces actifs », a reconnu Glenn Brandt. L’enjeu c’est la maximisation de la valeur des actions de Rogers Communications.

Dans ce paysage, Rogers rejoint un club très restreint, aux côtés de Kroenke Sports & Entertainment, capable de posséder plusieurs équipes majeures sous une même bannière.

Mais à Toronto, une question hante les partisans. Est-ce que les objectifs des propriétaires sont les mêmes que ceux des partisans?

PHOTO : Les années de Harold Ballard comme propriétaire des Maple Leafs ont semblé un cauchemar sans fin pour les partisans.

Les partisans des Leafs demeurent marqués par l’ère de Harold Ballard avec son pouvoir dictatorial sans contrepoids.

Au bout du compte, ce que les partisans achètent, bien au-delà des billets ou des abonnements ce n’est pas un produit. C’est l’espoir et la fierté de remporter des championnats à Toronto. Dans l’empire Rogers en construction, y a-t-il encore de la place pour l’émotion brute des vrais amateurs de sport?

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