Kawhi Leonard, son oncle Dennis et l’enquête des Clippers par la NBA
À Toronto, les partisans ont accueilli la nouvelle avec un sourire ironique, presque vengeur. Six ans après son départ, Kawhi Leonard refait surface, non pas avec le souvenir glorieux de 2019, mais pour une affaire qui sent l’arrangement de coulisses.
Au cœur de cette enquête de la NBA : son fameux « Oncle Dennis ». Dennis Robertson est soupçonné d’avoir joué un rôle central dans des stratagèmes financiers destinés à contourner le plafond salarial et livrer Leonard au plus offrant.
Tout a basculé le mercredi 2 septembre, lorsque le journaliste Pablo Torre, ancien collaborateur d’ESPN, a révélé dans son podcast éponyme Pablo Torre Finds Out que Leonard recevait 7 millions de dollars par année par l’intermédiaire d’Aspiration, une société de financement vert aujourd’hui en faillite, mais autrefois financée par Steve Ballmer, propriétaire des Clippers.
Officiellement, Leonard était « ambassadeur » de la marque, aux côtés des acteurs Leonardo DiCaprio, Robert Downey Jr. et le chanteur Drake. Mais selon Torre, le contrat autorisait Leonard à refuser toute activité promotionnelle. En clair : de l’argent versé sans contrepartie. Une assiette au beurre qui rappelle étrangement les demandes formulées par Oncle Dennis aux Raptors en 2019.

Les demandes exorbitantes d’Oncle Dennis
Bruce Arthur du Toronto Star rapporte l’ampleur des demandes de l’Oncle Dennis durant les négociations avec les Raptors. Robertson aurait exigé une participation dans les Maple Leafs — proposition vite rejetée — ainsi que des millions en commandites garanties, sans aucune obligation de travailler. « Nous voulons les millions sans lever le petit doigt », Oncle Dennis aurait répondu aux propriétaires de Maple Leaf Sports & Entertainment (MLSE), selon Arthur.
À l’époque, Toronto avait posé sur la table une offre maximale : cinq ans, 190 millions de dollars. Les Clippers n’offraient que trois ans et 104 millions. Leonard choisit Los Angeles. Aujourd’hui, on comprend que son désir de « rentrer à la maison » n’était pas son unique motivation.
Les révélations de Pablo Torre, Bruce Arthur et d’autres médias suggèrent que des commandites fictives (« no-show ») auraient servi à détourner de l’argent tout en respectant officiellement le plafond salarial. Pour la NBA, c’est une ligne rouge. Si les allégations sont confirmées, les Clippers risquent de lourdes sanctions.
Au risque de me répéter l’oncle de Kawhi semble être un « idiot utile » dans la mesure où il peut formuler des demandes exorbitantes qui mettraient son agent dans l’eau chaude. Oncle Dennis n’a pas miraculeusement trouvé les numéros de téléphone des Raptors et des propriétaires😉
— SportsMag (@sportsmag416) September 10, 2025
Le Boston Sports Journal est allé plus loin, avançant que Leonard devait toucher non seulement 48 millions, mais jusqu’à 20 millions supplémentaires d’Aspiration.

Les Clippers se défendent
Sans surprise, les Clippers nient en bloc. Ils ont envoyé la déclaration suivante à The Athletic. « Ni les Clippers ni Steve Ballmer n’ont contourné le plafond salarial », ont-ils déclaré à The Athletic. « L’idée que Steve a investi dans Aspiration pour verser de l’argent à Kawhi Leonard est absurde ».
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La fortune de Ballmer est estimée à 174 milliards de dollars selon l’index des milliardaires du magazine Forbes. À titre comparatif, Miriam Adelson, la propriétaire des Mavericks vaut 41 milliards de dollars. Dan Gilbert, propriétaire des Cavaliers, vaut 36,5 milliards de dollars. Pour Ballmer, un investissement de 50 millions équivaut à quelques pièces de monnaie facilement oubliées.

L’enquête de la NBA ne se limite pas à Leonard et Ballmer. Elle s’intéresse surtout au rôle intriguant d’Oncle Dennis… en omettant l’agent de Leonard, Mitch Frankel.
Comment un membre de la famille Leonard sans statut officiel ni expérience a-t-il pu téléphoner ou s’asseoir avec les propriétaires et les dirigeants les plus puissants de la NBA? La réponse la plus simple est peut-être la bonne : Oncle Dennis Robertson servait d’intermédiaire utile. Il était capable de demander ce que l’agent certifié de Leonard ne pouvait exiger sans se mettre dans l’eau bouillante, tout en brouillant les pistes financières.

Des documents révèlent que même après la faillite d’Aspiration, une société nommée KL2 Aspire LLC (mêmes initiales et numéro que Leonard) figurait parmi les créanciers à hauteur de 7 millions de dollars. Le nom KL2 suffit à alimenter le soupçon.
Ce n’est pas la première fois que ces allégations font surface. Dès 2019, les Raptors et d’autres équipes avaient déposé des plaintes auprès de la NBA. Le Commissaire Adam Silver avait conclu à l’absence d’irrégularités. Était-ce parce que les demandes provenaient d’un membre de la famille Leonard plutôt que d’un agent certifié? Ou simplement parce que la ligue n’avait ni les moyens ni la volonté d’aller plus loin?

Cette fois-ci, la NBA ne pourra pas se contenter de faire d’Oncle Dennis un bouc émissaire cupide et indiscret. Elle devra affronter un problème de fond : les brèches systémiques qui permettent aux puissances de Los Angeles de toujours plier les règles à leur avantage, au détriment de marchés comme Toronto.



