José Bautista intronisé au Temple de la renommée du baseball canadien
Au Centre Rogers de Toronto, José Bautista regarde son nom inscrit aux côtés des grands qui ont porté l’uniforme des Blue Jays. L’émotion le subjugue : « Toute une décennie, beaucoup de bons souvenirs… » dit-il, comme s’il regardait un film au ralenti de sa propre légende.

L’ancien voltigeur des Blue Jays, vêtu de blanc, s’est assis avec sa famille dans les gradins où il a écrit l’un des chapitres les plus vibrants du baseball canadien. Et le samedi 7 juin, à St. Marys en Ontario, il a été officiellement intronisé au Temple de la renommée du baseball canadien.
Bautista, 44 ans, natif de la République dominicaine, a marqué l’histoire du club torontois. S’il est connu pour bien des exploits, c’est un geste d’éclat qui a gravé son nom dans la mémoire collective de Toronto: le « Bat Flip ».
Ce circuit de trois points, lors du cinquième match en série contre les Rangers du Texas en 2015, est devenu une scène mythique. « Je ne me souviens pas de grand-chose après le contact », confie-t-il, presque songeur.

Sept mois après le fameux « Bat Flip » le deuxième but des Rangers du Texas Rougned Odor a asséné un violent coup de poing au visage de Bautista durant une échauffourée en guise revanche pour sa flamboyance en série.
Mais résumer la carrière de José Bautista à un élan (et un coup de poing) serait minimiser sa contribution à la renaissance des Blue Jays à une époque où personne ne s’y attendait. Il détient toujours le record de 54 circuits en une saison avec les Jays, en plus d’être nommé six fois sur l’équipe des étoiles et trois fois récipiendaire du Bâton d’argent. De 2010 à 2015, son taux combiné de présence et de puissance dépassait les 0,945. Il a été le cœur de l’attaque de l’équipe avant l’arrivée de Josh Donaldson.
Après Toronto, il a brièvement porté les couleurs d’Atlanta, New York (Mets) et Philadelphie avant de prendre sa retraite en 2018. Mais la passion ne meurt jamais vraiment : en 2021, il est revenu aider la République dominicaine à décrocher une médaille de bronze aux Jeux olympiques de Tokyo. Ironie du sort, c’est lui qui a éliminé le Canada du tournoi avec un simple décisif.
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L’émotion était palpable lors de son discours d’intronisation : « Venu au Canada avec l’espoir d’un nouveau départ, j’avais le sentiment d’avoir quelque chose en commun avec toutes ces personnes venues d’ailleurs » a déclaré Bautista. Pour lui, Toronto n’était pas qu’un club, mais le carrefour de l’humanité.
Les Jays, reconnaissants, ont ajouté son nom à leur Niveau d’excellence au Centre Rogers en 2023. Il suit avec attention l’évolution de son compatriote Vladimir Guerrero Jr., qui a récemment signé un contrat de 14 ans évalué à 500 millions de dollars. « Il ferait mieux de me rejoindre ici (au Niveau d’excellence du Centre Rogers) dans 20 ans », lance-t-il en riant.

Pour Bautista, un contrat d’une telle ampleur n’est pas qu’un pari sur un joueur, mais un engagement : « On ne peut pas investir autant dans un joueur sans bâtir une équipe solide autour de lui. Sinon, on finit comme Detroit avec Miguel Cabrera », faisant référence à l’échec des Tigers, noyés par un contrat astronomique sans obtenir des résultats tangibles.
Le regard de Bautista se tourne aussi vers l’avenir, à l’extérieur du terrain : il s’intéresse au monde des affaires. « Le sport professionnel comme secteur d’activité économique m’a toujours fasciné. J’ai acheté une équipe de soccer, mais le baseball est ma passion première. Si une opportunité se présente, je suis prêt ».

L’absence du président des Jays Mark Shapiro et son directeur général Ross Atkins à la cérémonie d’intronisation n’est pas passée inaperçue. Seule Marnie Starkman, vice-présidente aux opérations commerciales, représentait officiellement l’état-major des Jays. Une absence qui pourrait en dire long sur les liens qu’entretient la direction actuelle avec les anciens piliers du club.

En ce samedi de juin, sur la pelouse tranquille de St. Marys, le temps s’est arrêté. Le passé a serré la main du présent. José Bautista, ce joueur flamboyant et passionné, est désormais immortel dans le cœur des Canadiens.
Et qui sait ? Peut-être qu’un jour, c’est dans un bureau, non sur un losange, qu’il reprendra son bâton.



