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WWE

Hulk Hogan : Héros américain, raciste et briseur de grève

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À l’époque où les Dino Bravo, le Géant Ferré, Rick Martel, les frères Hart et Rougeau faisaient vibrer les arénas de la World Wrestling Federation (WWF), une génération entière de téléspectateurs est devenue « Hulkamaniaque ».

Comme beaucoup d’enfants, je suis immédiatement devenu un fan de la WWF.

Avant l’exode des lutteurs canadiens vers les États-Unis, j’ai découvert par accident l’homme né Terry Bollea lorsque j’avais dix ans. Il jouait le rôle de Thunderlips dans le film classique Rocky III en 1983. Lorsque Dino Bravo s’est joint à la World Wrestling Federation (WWF) deux ans plus tard, j’ai réalisé que l’acteur incroyablement musclé, blond et bronzé était Hulk Hogan, le lutteur le plus populaire de la planète.

À l’apogée de la Guerre froide, la lutte était un théâtre politique. Iron Sheik et Nikolai Volkoff représentaient l’axe Iran–URSS, Hogan, lui, incarnait l’Amérique triomphante.

Hogan gravissait rapidement les échelons de la WWF dans un atmosphère d’antagonisme mortel entre l’Est et l’Ouest. Son combat victorieux contre le Sheik, en 1984, était perçu comme une revanche pour la crise des otages en Iran cinq ans plus tôt. Hogan s’était libéré in extremis de l’impardonnable « camel clutch » du Sheik pour remporter le match.

Ceux qui lèvent le nez sur la lutte professionnelle oublient souvent qu’elle reflète le langage populaire. Derrière les coups de théâtre et les costumes avec plumes ou paillettes, les réalisateurs savent raconter des histoires politiques complexes en les réduisant en narratifs simples, presque caricaturales, qui amplifient des préjugés enfouis sous la surface du public.

PHOTO: Dans le ring Hulk Hogan incarnait l’Amérique triomphante.

Pour un enfant de dix ans, adopté d’Haïti et élevé à Shawinigan, ce spectacle avait quelque chose d’hypnotisant. Je ne comprenais pas encore tout. Ni l’histoire esclavagiste américaine, ni le poids de ces vieux réflexes racistes. Je voyais seulement un monde manichéen où le bien et le mal s’affrontaient dans le ring.

PHOTO: Ceux qui pleurent la mort de Hulk Hogan pleurent surtout un personnage fictif fabriqué pour la télévision.

Hulk Hogan est mort d’un arrêt cardiaque le jeudi 24 juillet 2025 à l’âge de 71 ans, selon les autorités policières de la Floride. Les médias, vedettes de la lutte et, surtout, l’Administration Trump pleurent cette masse de stéroïdes avec une peau de cuir. On célèbre « Hulk Hogan » comme un héros américain, en oubliant commodément les zones d’ombre de la vie de Terry Bollea.

Accusé de violence par une de ses ex-épouses et par sa propre fille, plusieurs anciens collègues le décrivent comme raciste et manipulateur.

L’été dernier, il est apparu sur scène à la Convention républicaine en heure de grande écoute. Jusqu’à ses derniers jours, Hogan a troqué le ring pour l’arène politique, passant son temps à défendre Trump avec la même ferveur qu’il mettait jadis à jouer le héros américain devant les caméras.

Ironie du calendrier : la mort de Hogan survient dix ans après la publication, par le tabloïd National Enquirer, d’un enregistrement où il se lance dans une tirade raciste où le mot en N est vomi copieusement pour dénoncer sa fille Brooke parce qu’elle fréquentait un homme noir.

Cette coïncidence a permis à une légion d’anciens lutteurs d’enlever quelques couches de vernis à la pluie d’éloges qui a suivi l’annonce de son décès. Ceux qui pleurent la mort de Hogan pleurent surtout un personnage fictif fabriqué pour la télévision. Son racisme documenté s’ajoute à une longue liste de griefs, principalement son rôle de délateur auprès de Vince McMahon, copropriétaire de la WWF.

PHOTO: Mélange unique de puissance brute et d’élégance fragile, « Macho Man » Randy Savage et Miss Elizabeth formaient un couple mythique de la WWF qui a marqué l’âge d’or de la lutte.

Hogan a permis à McMahon de tuer dans l’œuf une tentative de syndicalisation menée par Jesse « The Body » Ventura qui est par la suite devenu Gouverneur du Minnesota. Hogan a torpillé le seul mouvement qui avait des chances d’aboutir afin d’améliorer les conditions de travail d’un milieu ravagé par les opioïdes, la dépression et les morts précoces : King Kong Bundy, Macho Man Randy Savage, Miss Elizabeth, The Ultimate Warrior, André the Giant, Owen Hart, Ravishing Rick Rude, Razor Ramon, Chris Benoit, Iron Sheik et bien d’autres.

De ses débuts flamboyants dans les années 80 jusqu’à sa mort en 2025, la trajectoire de Hogan a fini par refléter celle de son pays. Derrière le héros télévisuel gonflé aux stéroïdes et façonné par les caméras se cachait un homme prêt à tout pour protéger son trône.

Un lâche qui a manigancé durant toute sa carrière pour empêcher ses collègues moins bien nantis de se syndiquer. Hogan les condamne à finir leurs vies infirme, fauchée, sans un sou, solitaire et oubliés pendant que les médias louangent une dernière fois la légende qu’ils ont contribué à créer.

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