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Blue Jays

Est-ce que les Blue Jays ont perdu Bo Bichette ou l’ont laissé partir?

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Le départ de Bo Bichette des Blue Jays ressemble à la séparation d’un couple où personne n’ose admettre que la rupture était devenue inévitable. D’un côté, on murmure bon débarras. De l’autre, enfin libre. Comme souvent, la vérité se situe quelque part entre les deux.

Le départ de Bichette est-il vraiment surprenant? Pas vraiment, lorsqu’on replace les événements dans leur contexte. Lors du récent parcours inattendu des Jays en séries éliminatoires, Bichette n’a pas pris part aux deux premières rondes. Et malgré son absence, Toronto s’est tout de même rendu jusqu’à la Série mondiale. À son retour, son rôle avait changé, parfois muté au deuxième but pour la première fois de sa carrière ou relégué à celui de frappeur désigné.

L’offre des Jays pour Bichette (si elle a existé, et rien ne le confirme) n’était manifestement pas très généreuse. Ni en termes de durée, ni en terme monétaire. Les deux camps semblaient déjà tournés vers d’autres horizons.

Au moment même où Don Mattingly quittait le personnel d’entraîneurs des Blue Jays pour rejoindre les Phillies où son fils Preston est le directeur général, Philadelphie aurait proposé à Bichette une offre de 200 millions (28, 5 M $/an) étalée sur sept saisons. « Je pensais vraiment qu’on allait conclure un accord… On était tout près », a déclaré le président des Phillies David Dombrowski le mardi 20 janvier. « C’est un coup dur… mais tant qu’on n’a pas de protocole d’entente signé, il n’y a pas d’accord » a ajouté Dombrowski.

Les Mets, eux, n’ont pas hésité. Bo Bichette touchera 42 millions de dollars par saison pendant trois ans — un pari à court terme que les Blue Jays ont visiblement jugé excessif. À New York, il sera déplacé au troisième but, une position qu’il n’a encore jamais occupée dans les majeures.

PHOTO: Kyle Tucker, longtemps associé aux Blue Jays dans les rumeurs, a finalement paraphé un contrat de 240 millions sur quatre ans avec les Dodgers.

Même scénario ailleurs sur le marché. Kyle Tucker, longtemps associé aux Blue Jays dans les rumeurs, a finalement paraphé un contrat de 240 millions sur quatre ans avec les Dodgers. À Toronto, on savait qu’il serait difficile — voire impossible — de rivaliser avec les gros marchés américains. L’inflation salariale a créé une ligue à deux vitesses, où les règles budgétaires semblent désormais facultatives pour les Dodgers, les Mets et les Yankees.

La signature du frappeur de puissance japonais Kazuma Okamoto résume bien cette philosophie : 60 millions sur quatre saisons, soit 27 millions de moins par année que ce que touchera Bichette à New York.

PHOTO: La signature du frappeur de puissance japonais Kazuma Okamoto illustre bien la prudence des Blue Jays.

Les Jays sont loin d’être pauvre. Avec une masse salariale de 312 millions $, la quatrième plus élevée du baseball majeur (en date du 20 janvier 2026), Toronto dépense beaucoup, mais avec prudence. Même à ce niveau, ils dépensent 100 millions de moins que les Dodgers, fraîchement couronnés d’un deuxième titre consécutif.

Face à une nouvelle flambée salariale, Toronto choisit ses batailles en pleine connaissance de ses limites. Dans ce contexte, un nouveau conflit de travail en 2027 apparaît d’ailleurs de plus en plus inévitable.

La haute direction doit composer avec des contraintes bien réelles. L’identité des Jays ne reposera plus sur le duo Bo Bichette–Vladimir Guerrero Jr. L’an dernier, le club a tranché en accordant à Guerrero Jr. une prolongation de 14 ans et 500 millions $, confirmant son statut de pierre angulaire.

PHOTO: L’identité des Jays ne repose sur le duo Bo Bichette–Vladimir Guerrero Jr. depuis 2019.

Mais dans le sport professionnel, les récits soigneusement façonnés par le marketing se terminent rarement comme des contes de fées. Bichette est parti. Guerrero reste.

Les Blue Jays priorisent le monticule

Mark Shapiro et Ross Atkins ont identifié la principale faiblesse de l’équipe en séries : le monticule. Avec l’arrivée de Dylan Cease et de Cody Ponce, l’organisation mise désormais sur une rotation plus profonde. Ce virage est révélateur. Toronto n’est plus une équipe façonnée autour d’un duo offensif — Guerrero et Bichette — mais une formation repensée, plus équilibrée dans sa conception.

PHOTO: Les Blue Jays ont frappé vite sur le marché des joueurs autonomes en accordant à Dylan Cease est l’un des plus importants de l’histoire de la franchise.

Cette orientation traduit une philosophie qui privilégie la constance au panache. Elle reflète aussi la culture d’entreprise de la famille Rogers, davantage portée vers le contrôle budgétaire que la flamboyance. Certains y verront un manque d’audace; d’autres, une forme de prudence organisationnelle.

PHOTO: Le nouveau lanceur des Blue Jays, Cody Ponce a participé au match des étoiles de la KBO 2025 avec le maillot des Blue Jays de Hyun-Jin Ryu.

Mais au-delà des colonnes de chiffres et des choix stratégiques subsiste une réalité plus émotionnelle. Dire adieu à Bo Bichette, c’est refermer un chapitre ouvert en 2019, à une époque où les Blue Jays se permettaient de rêver — jeunes, téméraires, portés par un talent offensif éclatant.

Toronto a choisi la prudence qui accompagne la maturité d’une équipe. Reste à voir si cette prudence mènera enfin à la Terre promise.

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