Décimés par les blessures les Blue Jays maintiennent un équilibre précaire en avril
Les longues campagnes éliminatoires laissent souvent des traces qui échappent au regard des partisans. Elles grugent les corps, érodent les réserves, et parfois, présentent la facture au moment le moins opportun. Avant même que le printemps ne s’installe vraiment, pendant que les partisans s’autorisent à rêver d’un retour en Série mondiale, les Blue Jays livrent un combat contre l’érosion physique.

Sans avoir lancé une seule balle en saison régulière, Cody Ponce voit sa première année à Toronto repoussée à l’an prochain, victime d’une blessure au genou. L’ironie est brutale. Car dans un rare élan d’audace, la famille Rogers avait choisi de rompre avec sa prudence habituelle, donnant carte blanche à Mark Shapiro et Ross Atkins pour rebâtir une rotation fragilisée par la défaite crève-cœur du septième match de la Série mondiale.
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Le geste le plus fort aura été l’arrivée de Dylan Cease, scellée par un contrat de 210 millions sur sept ans, une véritable déclaration d’intention. Ponce était un pari plus discret mais réfléchi pour ajouter de la profondeur à une rotation que l’on imaginait déjà parmi l’élite.

Ponce n’est que le premier nom sur une liste de blessés qui s’allonge trop vite. L’infirmerie déborde de toutes parts. La moitié de la rotation sur lequel le gérant John Schneider et son adjoint Pete Walker devaient compter est complètement décimé.

Trey Yesavage est blessé à l’épaule droite. Shane Bieber, acquis des Guardians de Cleveland à la date limite, compose aussi avec une inflammation au coude. José Berríos est freiné par une fracture de stress au coude. Yimi García et Bowden Francis poursuivent leur convalescence, tandis que Max Scherzer lutte contre une tendinite persistante.
Le reste de l’alignement n’est pas épargné. Alejandro Kirk soigne une fracture au pouce, Addison Barger une entorse à la cheville, tandis que Anthony Santander voit sa saison compromise après une chirurgie majeure.
« Ne pas avoir de matchs où les joueurs peuvent se reposer, faire des changements, faire tourner l’effectif… ce n’est pas idéal », admet le gérant John Schneider, avec la lucidité calme des hommes qui savent que le baseball majeur est un marathon sans indulgence.

« On a déjà utilisé beaucoup de lanceurs. On ne sait jamais qui sera un lanceur régulier… L’an dernier, Eric (Lauer) a été une surprise, un baume dans la tempête. En signant un vétéran comme (Patrick) Corbin, on cherche de la stabilité, pas un sauveur. Il faut simplement tenir, faire les manches, gérer l’enclos, ralentir le chaos », ajoute-t-il, comme une prière récitée à haute-voix.

À moins de rechutes, Trey Yesavage, José Berríos, Shane Bieber, Addison Barger et Alejandro Kirk devraient réintégrer l’alignement d’ici la fin du mois de mai. D’ici là, John Schneider devra composer avec l’incertitude, improviser, s’ajuster sans cesse et accepter les imperfections.
Les Jays ont commencé la refonte de leur alignement en envoyant Brendon Little refaire ses classes avec le club-école à Buffalo. Little a connu un début de saison extrêmement brutal, concédant 10 points mérités en seulement 3 manches et 2/3, accordant trois buts sur balles et 10 coups sûrs!

À l’inverse, le vétéran Patrick Corbin a été rappelé, apportant avec lui ce que les chiffres ne traduisent pas toujours : de l’expérience, et une certaine capacité à encaisser. L’an dernier avec les Rangers du Texas, il affichait une fiche de 7-11 et une moyenne de 4,40, des chiffres modestes, mais dans le contexte actuel, presque rassurants.

Tyler Fitzgerald a été rappelé pour combler l’absence de Barger, offrant à Schneider une pièce de plus dans un casse-tête qui change chaque jour. Ce n’est pas une solution à long terme, mais c’est une option de plus à court terme.
Au bout du compte, avec 162 matchs au calendrier, mieux vaut encaisser les durs coups en avril qu’en septembre. En date du samedi 11 avril, les Jays ont une fiche de six victoires et sept défaites à 2 matchs des Yankees de New York en tête de la Division Est de la Ligue américaine.

Rester dans la course pour une place en séries n’allège pas pour autant la pression qui pèse sur les Jays qui sont venus à une victoire de remporter la Série mondiale au cours d’une saison où les attentes étaient limitées. Sauront-ils résister à l’usure? Les grandes équipes se dévoilent dans l’épreuve et parfois, au cœur de leurs fissures, elles trouvent encore la force de d’avancer… et de renaître au moment où on si attend le moins.



