De Serena à Mboko : l’ironie cruelle du parcours de Naomi Osaka
À deux semaines du US Open qui débute le 24 août, Victoria Mboko affiche une force mentale à toute épreuve, tandis que Naomi Osaka semble avoir perdu ses repères. En 2018, c’était Serena Williams qui, par sa colère envers l’arbitre, avait éclipsé le moment de gloire d’Osaka à New York. Sept ans plus tard, à Montréal, Osaka a infligé à Mboko une froideur qui rappelle étrangement l’ombre que Williams avait jadis projetée sur Osaka.
Au cours d’une soirée inoubliable pour le tennis canadien, la jeune sensation a battu la quadruple championne des tournois du Grand Chelem 2-6, 6-4, 6-1 en finale du simple pour remporter le premier titre WTA de sa jeune carrière, le jeudi 7 août.

Une victoire ponctuée d’un constat lucide qu’Osaka manquait d’entrain sur le terrain. « Je me suis mise en mode combattante. Je voulais juste courir et remettre en jeu le plus de balles possibles. Je le voulais tellement. Lorsque je suis tombé, je pense que ça en a vraiment valu peine. Dans cette situation, je voulais juste rivaliser avec elle. Je voulais courir et récupérer tout ce qui semblait impossible », ajoute l’Ontarienne d’origine congolaise.
Au terme d’une défaite amer, Osaka est restée de marbre. Née au Japon d’un père haïtien-américain, façonnée par une culture où la politesse est une vertu cardinale, elle n’a pas tendu la main. Pas un mot, pas un sourire. Était-ce la frustration de s’être inclinée devant une joueuse de 18 ans avec un laisser-passer? Quelques jours plus tôt, Mboko confiait qu’Osaka figurait parmi ses idoles de jeunesse.
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« Je ne pensais pas que j’allais gagner ce tournoi comme ça, je ne sais pas quoi dire à part `Oh mon Dieu´. Naomi est une très bonne joueuse, j’étais un peu nerveuse avant ce match, mais finalement c’était incroyable », a-t-elle déclaré en français après la rencontre sur TVA Sports.

Tout au long des 12 jours de l’Omnium Banque Nationale à Montréal, Mboko est passée du statut de joueuse invitée à celui de tête d’affiche en enchainant les victoires spectaculaires avant d’atteindre la finale.

En plus d’Osaka, elle a éliminé trois autres anciennes championnes de tournois du Grand Chelem : Sofia Kenin (Internationaux d’Australie 2020), Coco Gauff (US Open 2023, Roland Garros 2025) et Elena Rybakina (Wimbledon 2022). Un fait inédit pour une Canadienne dans un événement de la WTA 1000. Elle est aussi devenue la deuxième plus jeune joueuse de l’ère moderne à battre quatre championnes de tournois du Grand Chelem dans un même événement. Serena Williams est la dernière à avoir réussi l’exploit en 1999.
Mboko remporte 752,275 $ US en tant que championne, soit près du double de ses gains en carrière jusqu’à présent. Mboko monte de façon fulgurante vers le sommet du classement mondial. Elle a amorcé l’année 2025 à la 333ᵉ place. Avec son titre à Montréal, elle grimpe au 25e rang et sera une tête de série dans quelques jours à Flushing Meadows.
Quand le tennis trahit son image polie
Le lendemain de sa défaite, Osaka a tenté de réparer l’affront en publiant un message sur les réseaux sociaux. « Merci Montréal… Je m’excuse et félicite Victoria. Tu as joué un super match et tu as une carrière incroyable devant toi ! Je me rends compte que je ne t’ai pas félicitée sur le court. Honnêtement, j’étais un peu hébétée… »
Ses partisans y ont vu un signe d’humilité. Ses détracteurs voient une excuse tardive, comme un pansement sur une plaie béante.
Osaka n’a jamais caché son combat contre la dépression qui a commencé après son triomphe à l’US Open de 2018 face à Serena Williams.

Depuis, la Japonaise-Haïtienne-Américaine a traversé les sommets et les abîmes. Une relation médiatisée avec le rappeur Cordae, la naissance de leur fille en 2023, puis la rupture au début de 2025. Les dix-huit derniers mois ont été pour elle un exil intérieur, un pèlerinage solitaire à travers les aéroports et les continents avec les charges d’une mère monoparentale sur un circuit sans repos.
Dans un sport d’équipe, l’attitude d’Osaka envers Mboko aurait peut-être passée inaperçu. Mais pas au tennis.
Le tennis se présente comme un sport civilisé qui transpire le fair-play anglais. Mais il suffit d’une étincelle pour que les nerfs cèdent et que les masques tombent, laissant l’âme à découvert. L’édition 2025 de l’Omnium Banque Nationale a offert le contraste saisissant entre la force mentale éclatante de Mboko dans le rôle de l’ingénue face à une joueuse aguerrie vacillant sous le poids invisible de sa vie privée, exposée aux regards de millions de téléspectateurs.



