Coupe du monde 2026 : malgré une facture salée, Toronto a confondu les sceptiques
Même si Toronto a depuis longtemps cessé de se comparer aux autres villes canadiennes, elle demeure sensible au regard des grandes métropoles nord-américaines. Avec le plus petit stade des 16 villes hôtesses de la Coupe du monde 2026, plusieurs craignaient qu’elle soit reléguée au second plan, voire tournée en dérision, comme à l’époque où les frasques des maires Rob Ford ou Mel Lastman alimentaient les manchettes internationales.
Toronto a relevé le défi avec brio. Pendant un mois, la métropole du pays a projeté l’image d’une ville accueillante, propre et sécuritaire, capable d’organiser le plus grand événement sportif de la planète.
L’atmosphère de fête qui a envahi la région torontoise s’est fait sentir jusqu’au Québec. Dans une chronique publiée le 16 juillet, Mario Dumont, du Journal de Montréal, écrivait que « Montréal a manqué le bateau ». Selon lui, le traumatisme financier des Jeux olympiques de 1976 paralyse encore les décideurs québécois.
Pendant que Montréal souligne avec nostalgie le 50e anniversaire des Jeux de 1976, notamment avec la présence de Nadia Comăneci, Toronto créait, elle, de nouveaux souvenirs collectifs.
Le prix astronomique des billets témoignait de l’engouement. Pour assister au premier match du Canada contre la Bosnie-Herzégovine, le 12 juin au BMO Field (rebaptisé Toronto Stadium par la FIFA) il fallait débourser entre 1 300 $ et 3 100 $.
Heureusement, la FIFA, la ville de Toronto ainsi que de nombreux bars et restaurants ont multiplié les espaces de visionnement gratuits ou à prix modique, permettant à des milliers de personnes de participer à la fête malgré le coût prohibitif des billets.

Le but égalisateur de Cyle Larin contre la Bosnie-Herzégovine est rapidement devenu l’un des grands moments de communion sportive de l’histoire récente du pays. Pendant quelques instants, les divisions linguistiques, politiques et régionales semblaient s’effacer dans un même élan de fierté. Les réseaux TSN et RDS ont enregistrer des sommets historiques, avec plus de 50 millions de téléspectateurs cumulés durant le week-end d’ouverture du tournoi.

La suite du parcours canadien a toutefois mis en lumière une faiblesse dans l’organisation. Après son match d’ouverture à Toronto, puis deux à Vancouver, l’équipe a dû quitter le pays pour poursuivre son aventure aux États-Unis. Pour un pays hôte, cette logistique laissait à désirer.

Toronto et Cristiano Ronaldo, un amour mutuel
Le dernier rendez-vous torontois, opposant le Portugal à la Croatie, aura été le point d’exclamation des festivités. Il s’agissait fort probablement du dernier match international de Cristiano Ronaldo et Luka Modrić sur le sol canadien.
Ronaldo n’a pas déçu. Son but égalisateur dans la victoire de 2-1 contre la Croatie a électrisé la foule conquise d’avance. Avant de quitter Ronaldo a offert un dernier compliment: « C’est dommage qu’il n’y ait pas plus de matchs ici à Toronto » a déclaré Ronaldo.
Le Portugal a également ouvert au public ses séances d’entraînement au parc Centennial avant son départ vers Dallas.

Jessica Gomes faisait partie des centaines de supporteurs présents lors du dernier entraînement. « C’est son dernier jour (à Toronto), alors on veut lui souhaiter bonne chance », disait-elle, résumant l’émotion qui régnait autour de celui qui a marqué toute une génération de passionnés.
Les retombées économiques exactes pour Toronto demeureront matière à débat. Financièrement, la FIFA, elle, sort grande gagnante. Elle prévoit des revenus de 13 milliards de dollars pour son cycle 2023-2026, dont près de 9 milliards pour la seule année de la Coupe du monde.
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Puis, en un clin d’œil, la Coupe du monde est maintenant chose du passé. C’est comme le lendemain d’une grande réception de mariage. Pendant des mois, on a évalué la liste des invités, le menu, la musique et les moindres détails. Puis, au lendemain de la fête, il ne reste que les souvenirs… et la facture.

Nous l’avions écrit avant le tournoi. Accueillir seulement six matchs représentait un pari financier considérable pour Toronto. Mais un autre verdict s’impose aujourd’hui. Malgré un système de transport en commun déficient, ses embouteillages chroniques et un coût de la vie parmi les plus élevés en Amérique du Nord, Toronto a livré la marchandise et renforcé sa réputation sur la scène internationale.
Pendant presqu’un mois, les terrasses étaient bondées, les drapeaux du monde entier flottaient dans les rues et la ville n’avait plus besoin de se comparer à New York, Chicago ou Montréal. Elle était devenue l’une des capitales du football mondial. Au bout du compte, c’est peut-être cette image que les Torontois retiendront le plus longtemps. Le prix en valait la chandelle.



