Aller au contenu
FIFA 2026

Coupe du monde 2026 : La FIFA transforme Toronto et Vancouver en une machines à faire de l’argent

Partager cet article

La présentation de 13 matchs de la Coupe du monde FIFA devait être une célébration d’un océan à l’autre, un événement capable de rassembler un pays souvent divisé par ses fractures linguistiques, culturelles et régionales. Dans un contexte économique difficile, l’enthousiasme populaire se heurte à une réalité beaucoup plus terre-à-terre : le prix des billets.

Si on remonte à la Coupe du monde de 1994 à Atlanta, il était possible d’assister à des matchs pour environ 45 $ US. Trente-deux ans plus tard, le contraste est frappant. Pour voir le match d’ouverture du Canada contre la Bosnie-Herzégovine, le 12 juin à Toronto, il faut aujourd’hui débourser entre 1 300 $ et 3 100 $. Pour plusieurs familles, cela représente l’équivalent d’un versement hypothécaire mensuel.

Personne ne semble vouloir laisser passer cette occasion de faire de l’argent. Le conseil municipal de Toronto a été vivement critiqué d’avoir acheté 3500 billets pour 11 millions de dollars avec l’intention de les revendre à haut prix « pour accroitre les revenus et éviter une hausse des taxes foncières, selon une porte-parole de la mairesse Olivia Chow.

Afin de justifier ces prix, le directeur de l’exploitation de Maple Leaf Sports & Entertainment (MLSE), Nick Eaves, rappelle que le BMO Field est le plus petit stade des villes hôtesses des trois pays.

« La plupart des autres matchs se jouent dans des stades de la NFL, qui sont généralement deux fois plus grands », affirme Eaves.

PHOTO: MLSE a investi 146 millions de dollars pour agrandir temporairement le BMO Field à près de 46 000 sièges

L’argument n’est pas convaincant. MLSE a investi 146 millions de dollars pour agrandir temporairement le BMO Field à près de 46 000 sièges. Cet agrandissement ressemble davantage à une opération financière ponctuelle qu’à un véritable héritage sportif pour Toronto.

La logistique pour les partisans qui voudraient suivre leur équipe d’un océan cède également le pas à la rentabilité. Les deux autres matchs du Canada en phase de groupes auront lieu à Vancouver.

PHOTO: Sept matchs de la Coupe du monde de la FIFA seront disputés au BC Place de Vancouver, dont cinq en phase de groupes et deux à élimination directe. Le stade peut accueillir jusqu’à 54 500 spectateurs.

Peu importe la taille du stade ou la ville hôtesse, l’objectif demeure le même : maximiser les revenus. Au stade MetLife du New Jersey, qui peut accueillir plus de 82 000 spectateurs, plusieurs matchs de la phase préliminaire affichent des billets autour de 2 500 $ US. Pour la finale du 19 juillet, les prix atteignent des sommets dépassant les 32 000 $ US, selon USA Today.

PHOTO: Le stade MetLife du New Jersey, qui peut accueillir plus de 82 000 spectateurs.

Retombées incertaines pour les villes hôtesses du Canada, des Etats-Unis et du Mexique

La FIFA présente le tournoi comme une fête populaire, mais l’accès ressemble de plus en plus à un produit de luxe. Sans grosse surprise l’organisation s’attend à des revenus sans précédent grâce à son premier Mondial à 48 équipes.

Dans une entrevue à CBC New, le samedi 6 juin, le professeur Declan Hill n’a pas maché ses mots. « La FIFA est un groupe criminel organisé et ce n’est pas moi qui le dis » affirme Hill en citant le tribunal du district sud de New York. « En analysant leurs relevés bancaires, le tribunal avait déclaré que la FIFA est pleine de racketteurs, de gangsters, de criminels de guerre », s’insurge Hill.

L’organisation conjointe entre le Canada, les États-Unis et le Mexique offre évidemment une visibilité exceptionnelle aux commanditaires. Le passage de 32 à 48 équipes permet également d’élargir les marchés et les audiences. Mais selon plusieurs observateurs du milieu, la croissance financière du Mondial s’explique surtout par la puissance de sa marque, devenue l’un des produits sportifs les plus lucratifs de la planète.

Dans cette pyramide financière, la FIFA occupe le sommet. Les 16 villes hôtesses servent essentiellement de leviers financiers. Elles paient pour les infrastructures, la sécurité, le transport et les opérations, tandis que l’organisation internationale conserve l’essentiel des revenus générés par l’événement, parfois jusqu’aux frais de stationnement.

Toronto, Vancouver et les autres villes impliquées devront donc espérer que les retombées touristiques et économiques indirectes compenseront les milliards d’investissements publics consentis.

PHOTO: Toronto, Vancouver et 14 autres villes hôtesses servent essentiellement de leviers financiers à la FIFA.

C’est tout le paradoxe de cette Coupe du monde. Le spectacle sera grandiose. Les stades seront remplis. Les revenus atteindront des records historiques.

Mais pour de nombreux Canadiens, une question demeure : lorsque la fête sera terminée, qui en aura réellement profité?

Partager cet article